•  

    « Quand nous serons tous des cyborgs, il sera trop tard »

     

    De la science-fiction, le transhumanisme ? Pour l’anthropologue Daniela Cerqui, l’hybridation homme-machine a déjà commencé.


    Cécile Lestienne, journaliste

     


    Professeur Kevin Warwick et son expérience Cyborg 2.0 (Lwp Kommunikacio/Flickr CC)


    On corrige la myopie au laser, pourquoi ne pas obtenir une vision de 16/10 ? Militaires et navigateurs peuvent ne pas dormir pendant des jours et des jours grâce au Modafinil. Les étudiants débrouillards aussi. On fabrique des exosquelettes pour permettre aux handicapés de marcher... et aux soldats américains de concurrencer Hulk ! Après l’homme réparé, voici l’homme augmenté et bientôt le transhumain (hybride homme-machine). Cet homme 2.0 n« est pas sans poser toutes sortes de questions d’ordre éthique et philosophique. Auxquelles tente de répondre depuis des années l’anthropologue suisse Daniela Cerqui.

     

    “Transhumanisme”, “post-humanisme”.... Ces mots ne font pas encore partie du vocabulaire courant. De quoi s’agit-il ?


    Daniela Cerqui : Il n’y a pas de définition universellement admise ni solidement établie. Mais je dirais que le transhumanisme est une idéologie portée par différents courants des sociétés occidentales affirmant qu’il est du devoir de l’homme d’utiliser toutes les avancées possibles des sciences et des technologies pour augmenter ses performances.

    Making of
    Vous pouvez retrouver la version intégrale de cet entretien dans le dernier numéro de notre partenaire Au fait, “ le magazine qui ralentit l’actualité ”. Mathieu Deslandes

    Autrement dit, multiplier prothèses, implants, transgénèses et autres produits stimulants, non seulement pour réparer l’individu si besoin, mais aussi pour l’améliorer.

    L’objectif ? Qu’il reste jeune et en bonne santé ; qu’il soit hyper relié aux autres et au monde ; qu’il devienne plus intelligent, plus rapide, plus empathique. Et qu’il soit même doté de capacités inédites comme la télépathie ou la vision à 360° par exemple.

    L’idée est donc de perfectionner l’homme. Quitte à parvenir à un point de rupture évolutif au delà duquel nous ne pourrons plus parler d’humain mais de post-humain : un être inédit. Par exemple un cyborg, de l’anglais cybernetic organism, être vivant amélioré par des implants électroniques.

    Ou peut-être même une pure machine, puisque certains rêvent d’uploader leur cerveau dans un ordinateur, c’est-à-dire faire migrer toutes les données de leur système nerveux dans des circuits électroniques.

     

    Mais l’uploading, la migration du cerveau vers l’ordinateur, n’est-il pas un fantasme navrant d’informaticiens qui trouvent leurs ordinateurs plus intelligents qu’eux ?


    C’est en tout cas l’idée de personnes qui soutiennent que le propre de l’homme est son esprit rationnel. Seul cet esprit serait digne d’être conservé et développé. D’ailleurs, pensent-elles souvent, on se portera probablement beaucoup mieux lorsqu’on se sera débarrassé de scories comme le corps (putréfiable ) et les émotions (perturbantes).

    Je vous accorde qu’implanter son esprit dans un disque dur est aujourd’hui de la science-fiction. Pour autant, je ne pense pas que cela doive nous rassurer à bon compte et nous dispenser de réfléchir à ce qui se passe aujourd’hui.

    Le transhumanisme est le miroir des valeurs que nous accordons à l’humain ici et maintenant. Il est très révélateur des tendances profondes de notre société. Cette propension par exemple à toujours plus rapprocher la machine de l’homme.

     

    C’est-à-dire ?


    Je prends toujours l’exemple du téléphone. Nous sommes passés du gros téléphone collectif posé sur une table ou accroché à un mur au téléphone individuel toujours plus petit et mobile, toujours plus personnalisé et toujours plus près du corps. On n’a plus besoin de se lever pour aller le chercher, il est constamment dans notre poche !

    De là à penser que la prochaine étape est l’implantation du téléphone portable, il n’y a qu’un pas. Dont on a déjà vu les prémices : en 2002 en Grande-Bretagne, deux chercheurs, Jimmy Loiseau et James Auger du Medialab de Londres, ont mis au point un prototype de mobile insérable dans une molaire et relié à l’oreille interne. Plus aucun risque de le perdre ou de déranger les autres par des sonneries intempestives.

    Certes, cette invention ne s’est pas encore répandue. Mais je trouve ce mobile molaire symptomatique de ce qui se passe actuellement – sans même s’apesantir sur cette société qui tolère que je ne vous dise pas bonjour lorsque je suis assise en face de vous dans le train mais que je puisse continuer à répondre au téléphone !

     

    En quoi ce rapprochement homme-machine est-il un problème ?


    Disons, je le répète, que c’est une question qui doit faire réfléchir. Je suis une anthropologue spécialisée dans l’étude des relations entre l’homme, les techniques et la société. J’ai commencé par m’intéresser aux TIC (technologies de l’information et de la communication), donc au téléphone, à l’ordinateur. Et bien sûr j’ai constaté que ces objets se rapprochaient toujours plus près du corps. Cela m’a amenée à regarder toute une série d’autres technologies : les puces, les implants divers et variés. Mais je me suis vite aperçue que tout cela n’était que la pointe émergée de l’iceberg : la question sous-jacente mais absolument centrale était bien d’augmenter les performances de l’humain.

     

    Est-ce vraiment nouveau ? Ne sommes-nous pas déjà des hommes améliorés ? Des êtres dotés de prothèses comme des lunettes, une voiture ou un téléphone portable qui démultiplient nos capacités ?


    Vous avez raison. D’ailleurs il est important de comprendre que le passage de l’homme réparé (celui que l’on soigne après un accident) à l’homme augmenté (celui à qui on confère des capacités hors norme) est bien un continuum : qu’on lui donne des vitamines tous les matins pour avoir de l’énergie jusqu’au soir, que l’on retaille sa cornée de myope, qu’on lui greffe une prothèse, qu’on modifie ses gènes ou qu’on le fasse fusionner avec son ordinateur, on est dans une logique qui est la même. Il existe une différence de degré, et non de nature, entre les vitamines et l’implant.

     

    Tout de même ! Je n’ai pas l’impression en prenant des vitamines d’être sur une pente qui me conduirait à me transformer en femme valant 3 milliards...


    Je pense que c’est pourtant du même ordre. J’ai été très influencée dans mon parcours par la pensée d’André Leroi-Gourhan. [...] Pour le célèbre préhistorien français, l’homme est né avec le premier silex. Notre gros cerveau nous pousse naturellement à penser et produire des technologies pour accroître nos capacités physiques (marteau, roue, aiguille) et nos capacités intellectuelles (abaque, ordinateur...). Bref l’homme n’existe pas sans outil. Et vice versa : pas d’outil sans l’homme. C’est cette théorie qui m’a poussée vers l’étude anthropologique des techniques.

    Aujourd’hui, malgré toute mon admiration pour Leroi-Gourhan, j’ai pris de la distance et je ne suis plus si sûre que ce lien homme-outil soit indissoluble.

    On est probablement là devant un mythe fondateur comme toute société en produit. Mais je constate sa prégnance car si on postule que la technique est naturelle à l’homme, alors il est naturel de maitriser le temps, l’environnement, l’espace... Puis en dernier ressort de maîtriser l’humain jusque dans ses constituants les plus petits, d’où le rôle fondamental des nanotechnologies.

    Une preuve de cette vision du monde ? Le fameux rapport américain [PDF] de 2002 sur les technologies convergentes, autrement appelées NBIC pour nano-bio-info-cogno. Il s’agit des nanosciences, des biotechnologies, des TIC et des sciences cognitives. Son titre, “la convergence NBIC pour l’amélioration des performances humaines”, annonçait clairement la couleur ! Ensemble, ces technologies vont nous faire entrer dans une nouvelle ère.

    On parle moins aujourd’hui de ce rapport controversé. Mais sa vision futuriste est à l’œuvre. Pour donner un exemple, le rapprochement du numérique et des biotechnologies a ouvert la voie à la biologie de synthèse. Avec l’espoir de pouvoir programmer des bactéries sur mesure capables de dépolluer les sols ou de fabriquer des médicaments comme on le ferait d’un logiciel...

     

    Oui, mais la biologie de synthèse n’a pas encore donné de résultats probants et par ailleurs elle soulève beaucoup d’inquiétudes...


    Il y a des résistances. Mais dans le même temps, la convergence annoncée des NBIC est aussi présentée par d’autres comme le deus ex-machina qui va doper la croissance, résoudre moult problèmes environnementaux et améliorer l’individu qui vivra mieux et plus longtemps. Les transhumanistes promettent la même chose lorsqu’ils nous voient transformés en cyborgs.

     

    Le transhumanisme est-il un vrai courant ? Ou ne regroupe-t-il que quelques hurluberlus ?


    On présente souvent les transhumanistes comme des marginaux. Mais ils ne forment pas une secte. Les plus influents ont pignon sur rue et travaillent dans les instances officielles. L’un des deux éditeurs du rapport NBIC, William Sims Bainbridge, est professeur d’université et codirecteur du département d’anthropologie numérique à la National Science Foundation américaine. C’est un sociologue très écouté aux États-Unis même s’il prône la cryogénisation (la congélation des corps humains dans l’espoir de pouvoir les ressusciter, ndlr), une technique qui ne marchera, selon certains, que le jour où l’on saura faire renaître une vache à partir d’un hamburger !

    Par curiosité, allez voir le site internet de la Singularity University, fondée par l’informaticien Ray Kurzweil en Californie. Un établissement privé, financé par Google et la Nasa, qui ne délivre pas de diplômes officiels mais passe la bonne parole transhumaniste à des chefs d’entreprise, chercheurs et autres têtes. Kurzweil est par ailleurs membre du conseil d’administration du MIT [Massachusetts Institute of Technology, l’un des plus célèbres centres de recherches du monde, ndlr] et membre de l’Army Science Advisory Board, chargé de conseiller l’armée américaine dans les domaines scientifiques et techniques.

    Le philosophe suédois Nick Bostrom, fervent de la pensée transhumaniste – il publie des papiers prônant sérieusement la sélection des embryons pour augmenter les capacités intellectuelles de l’être humain dans les 50 ans à venir – n’est pas non plus isolé : il dirige le Future of Humanity Institute créé en 2005 par l’université d’Oxford.

    J’ajouterai bien sûr Kevin Warwick, professeur de cybernétique à l’université de Reading en Grande-Bretagne, que je connais bien pour avoir fréquenté son laboratoire pendant deux ans. Warwick se proclame “premier cyborg de l’histoire”.

    Vous voyez, tous ces adeptes du transhumanisme, dotés d’un haut niveau de formation et tenant des raisonnements élaborés, ne sont pas les derniers des imbéciles. Je les vois comme des gens qui ont une longueur d’avance sur nous : pas dans le sens où ils devraient nous servir de modèles. Mais dans celui où ils nous tendent un miroir que l’on ferait mieux de regarder et de questionner si l’on ne veut pas voir disparaître l’espèce humaine.


    En prévoyant la disparition de l’espèce humaine, n’y allez-vous pas un peu fort ?

     

    Vous savez, Kevin Warwick a écrit un livre qui commence par : “Je suis né humain par accident.” Vaste programme ! Il pense que l’Homo sapiens est imparfait – ce qui n’est pas une idée nouvelle – mais que demain, les technologies lui permettront de pallier ces imperfections et d’atteindre l’immortalité ou presque.

    Bref de sortir de la condition humaine ! Très bientôt, affirme-t-il, il y aura des gens implantés, hybridés avec des machines diverses et ceux-ci domineront le monde. Les autres qui ne le seront pas, soit par choix, soit par manque de moyens, ne seront pas plus utiles que nos vaches actuelles gardées au pré parce qu’elles nous donnent du lait. Ce n’est pas une perspective réjouissante !

    Au-delà de l’outrance, la force de conviction de Warwick réside dans sa capacité à payer de sa personne pour appuyer ses dires. Son parcours d’ingénieur l’a poussé à devenir son propre cobaye. Il a commencé en 1998 par se faire implanter une puce RFID en sous-cutané. Remarquez que l’on s’est déjà tellement habitué à cette idée qu’elle nous paraît aujourd’hui presque banale et certainement anodine !

    Cette expérience, dite Cyborg 1, était symboliquement importante mais un peu gadget : dès qu’il passait la porte de l’institut, une voix féminine lui susurrait “Good morning, Professeur Warwick !” et la machine à café se mettait en route. Mais cela n’allait pas beaucoup plus loin.

    Alors, quatre ans plus tard, il a tenté Cyborg 2 : un chirurgien a connecté une puce au nerf médian de son avant-bras. L’opération qui a duré deux heures et demi était franchie grâce à elle plusieurs étapes : Warwick pouvait notamment commander à distance une main électronique dotée de capteurs de pression avec laquelle il réussissait à manipuler un œuf sans le faire tomber ni le broyer. Y compris lorsqu’il n’était pas dans son labo mais de l’autre côté de l’Atlantique, grâce à Internet !

    Il a également installé des capteurs à ultra-sons sur sa casquette. Et il se promenait les yeux bandés dans les bureaux sans se cogner grâce aux informations que les capteurs transmettaient à sa puce. En quelque sorte il a ainsi développé un sixième sens : un système d’écholocalisation comme les chauves-souris.

    Il affirme aussi avoir communiqué par télépathie avec sa femme, elle aussi implantée, mais je ne suis pas sûre que le message était très élaboré, probablement plus de l’ordre du partage d’impulsions nerveuses que que de la vraie transmission de pensée.

     

    Reste que Warwick a fini par enlever sa puce !

     

    Oui, il avait tout de même un peu peur des risques sanitaires ! Avec raison : l’opération a duré cinq heures cette fois-ci tant les tissus s’étaient refermés sur la puce. Mais cela ne l’a pas vacciné. Son désir maintenant est de s’implanter une puce dans le cerveau. Il n’a pas encore osé. Mais assurément ses expériences ont ouvert une brèche.

     

    Kevin Warwick n’est pas Monsieur Tout-le-monde. Vous croyez vraiment que le commun des mortels est prêt à devenir un être bionique ?

     

    Mais oui ! Regardez le cas Oscar Pistorius. Souvenez-vous qu’en 2008, le sprinter sud- africain amputé des deux jambes avait demandé à courir avec les valides. Le CIO a refusé dans un premier temps au prétexte que ses prothèses de carbone lui conféraient une supériorité sur ses concurrents, en rappelant que l’athlète doit se dépasser, mais dans les limites que la nature lui a données. Un discours que l’on pouvait interpréter comme “non à l’amélioration artificielle”. Mais les arguments n’ont pas tenu très longtemps : comme vous le savez, Pistorius a fini par courir avec les valides !

    Coïncidence plutôt amusante : au même moment, dans les médias, on pouvait voir une publicité Puma pour une nouvelle chaussure. On y voyait un match de football virtuel censé se dérouler en 2178 avec des joueurs hyperrapides dotés de jambes de kangourou qui rappelaient étrangement celles de Pistorius.

    Le message était clair : “En 2178, l’humain aura des jambes ultra perfectionnées. Jusque-là, contentez-vous des chaussures Puma”. Dans cette anecdote, je vois un signe montrant à quel point les représentations de corps améliorés sont omniprésentes et acceptées dans nos sociétés. Bref, nous sommes dans les starting-blocks.

     

    Mais le cas Pistorius le montre bien aussi : ces technologies visent d’abord à réparer l’homme. Or dans ce domaine, on a effectivement fait beaucoup de progrès : prothèses high tech, fauteuils ultra-sophistiqués, ordinateurs commandés par le regard ou par la voix permettent aux handicapés de retrouver une certaine autonomie et de communiquer avec autrui. N’est-ce pas tout de même formidable ?


    Si. Et c’est le piège : on est tellement ébloui que l’on ne réfléchit plus.

    Quand on voit Claudia Mitchell, cette ex-marine américaine qui a retrouvé l’usage de son bras amputé grâce à une prothèse commandée par la pensée, on est fasciné.

    Aussi par Aimee Mullins, cette actrice amputée des deux jambes comme Pistorius, médaillée des jeux paralympiques, égérie de l’Oréal, récemment élue parmi les plus belles femmes du monde.

    Dans le très intéressant documentaire de Cécile Danjan, “Un homme presque parfait”, Aimee Mullins raconte qu’elle a douze paires de jambes adaptées à de multiples circonstances : courir le cent mètres, défiler sur les podiums... et que, finalement, pouvoir gagner dix centimètres simplement en changeant de prothèses, ne pas avoir à s’épiler, arborer des pieds toujours parfaitement pédicurés est un gros avantage.

    D’ailleurs, elle parie que l’amputation volontaire tentera bientôt nombre de candidats. Notamment dans le monde du sport. Ce qui ne m’étonnerait pas car il semble que les records sportifs arrivent à leur limites maintenant que l’on a optimisé la détection, la préparation et le matériel des athlètes. Or le désir de se dépasser et les pressions économiques pourraient bien se conjuguer pour donner envie à certains de troquer des membres de chair et d’os contre des jambes de carbone.

     

    C’est une hypothèse extrême. Auriez-vous un exemple qui pourrait concerner plus de monde ?


    Le pacemaker. Il y a vingt ans, je m’étais entretenue avec un responsable d’un fabricant suisse de ce petit stimulateur conçu pour aider les cœurs un peu lents à garder le rythme. Pour lui, il était évident que l’on n’était ni dans le monde de la science-fiction, ni dans celui de Robocop. Que ce dispositif prolongeait simplement la vie de certains cardiaques.

    Aujourd’hui, ce même fabricant propose des pacemakers connectés à internet et capables d’alerter directement les médecins en cas de problème et bientôt couplés à des distributeurs de médicaments ad hoc. Je parie qu’il pense rester dans le cadre du thérapeutique.

     

    Mais un pacemaker, même connecté, ne vous transforme pas en homme-robot !


    Par déformation professionnelle, je m’interroge. On constate que la notion de thérapeutique s’élargit au fur et à mesure des améliorations techniques.

    Prenez par exemple le cœur artificiel totalement implantable mis au point par une équipe française et dont on vient d’effectuer le premier essai sur un patient, malheureusement décédé. Un gros progrès médical assurément : infiniment plus pratique que les cœurs artificiels externes et un vrai espoir pour les malades qui attendent une transplantation d’organes tant la pénurie de greffons est importante.

    Je trouve inquiétant qu’au moment de sa présentation, en 2008, un des médecins responsables du projet parle non seulement des personnes en attente de greffes, mais de celles qui pourraient en bénéficier pour des problèmes d’importance secondaire. Je ne peux pas m’empêcher de me demander si un jour on cherchera à utiliser cet appareil pour améliorer les performances des individus !

    Quand je leur parle de transhumanisme, de post-humanisme, en soulignant qu’un jour nous deviendrons peut-être une autre espèce, la plupart des gens que je rencontre sont fermement opposés à l’idée. Sans voir qu’il n’existe pas de limite claire entre le thérapeutique et le dépassement de la condition humaine.

    Si on dit oui aux technologies qui redonnent un membre à un amputé, comment dire non aux mêmes technologies qui permettent à un militaire de contrôler mille robots à distance ? Il ne faut pas être naïf : dès le moment où l’on fait du thérapeutique, on met le doigt dans l’engrenage de l’amélioratif.

     

    Cela paraît très humain. L’homme a toujours cherché à améliorer sa condition. Vous prônez un retour vers le passé ?


    Absolument pas. Je possède un ordinateur, une tablette et un smartphone et je me sens, comme beaucoup, “amputée” quand je ne l’ai pas. Et cela me rassure de savoir que j’aurai accès à une médecine développée s’il m’arrive un pépin de santé. C’est d’ailleurs une des dimensions de la question : à titre individuel on ne peut que se réjouir de ces avancées techno-scientifiques.

    Mais il faut arriver à dissocier le plan personnel du plan de la société. Prendre du recul et se dire : c’est merveilleux mais quel est le sens d’une société dans laquelle certains bénéficient de ces techniques alors que d’autres, par choix ou par incapacité économique, ne peuvent y avoir accès ? Je ne parle même pas de la fracture nord-sud, sur laquelle il y aurait beaucoup à dire. Mais de ce qui se passe aujourd’hui en Occident.

    Un exemple concret : la télévision suisse romande a diffusé récemment un reportage sur de nouvelles prothèses et autres appareils destinés à redonner de l’autonomie à des personnes lourdement handicapées. L’émission montre que le système actuel ne permet pas de traiter tout le monde de la même manière.

    L’équipe a filmé deux hommes, tous deux dotés d’une prothèse de jambe, descendant le même escalier. Marcel, un motard quinquagénaire, dévale les marches comme vous et moi. Alors que Daniel, étudiant d’une vingtaine d’années, claudique en équilibre un peu instable. Le premier a pu s’offrir un genou électronique dernier cri grâce aux assurances du chauffard qui l’a renversé. Le second, au tarif “sécu”, n’a pu obtenir qu’une prothèse mécanique pour remplacer sa jambe perdue à la suite d’une tumeur osseuse. Démonstration frappante ! Je crains que l’on ne s’enfonce de plus en plus dans un système à deux vitesses avec ces nouvelles technologies. Vous me direz que la société devrait prévoir les structures sociales pour pallier ces inégalités. Certainement. Mais pour l’instant, je n’ai pas l’impression que l’on mette en place les bons systèmes.

    Pire, peut-être : j’ai parfois l’impression que se gargariser avec ces innovations nous dispense des aménagements nécessaires à la vie quotidienne des handicapés. [...]

    Encore une fois, sous un argument acceptable par tous et même incontestable – on ne va pas refuser de soigner toujours mieux malades et handicapés –, on élargit le champ du thérapeutique. Or cela rendra d’autant moins acceptable la situation de ceux qui n’y auront pas droit.

     

    Vous voulez dire que nous serons de moins en moins tolérants face au handicap et à la maladie ?


    C’est évident. Déjà on pathologise à outrance la vieillesse et on ne supporte plus que les seniors n’entendent pas bien. Le cas de la trisomie 21 est également assez éloquent. À l’heure du diagnostic prénatal, la possibilité de laisser venir au monde un enfant trisomique est de moins en moins acceptée par la société.

    Résultat : la naissance d’un enfant atteint est considérée comme un échec. Soit une erreur de la médecine, soit la faute de parents “inconscients” ou “héroïques” selon le système de valeurs de chacun. C’est évidemment éthiquement très discutable.

    Prenons un cas moins tragique : la vision. Aujourd’hui, si vous êtes myope, vous portez des lunettes ou des lentilles. Ne pas en avoir n’est pas admissible. Ni par vous, ni par les autres qui vont trouver gênant que vous plissiez les yeux tout le temps. Tout cela pour dire que la norme a changé : il n’est plus acceptable de ne pas chercher à combler ses handicaps. [...] Demain, peut-être ne supporterons-nous plus les porteurs de lunettes. Et après-demain peut-être serons-nous considérés comme handicapés si nous n’avons pas une vue de lynx et 16/10 à chaque œil.

    La Darpa, l’agence de recherche de l’armée américaine, ne cherche-t-elle pas à améliorer la vision des pilotes de chasse grâce à des implants de rétine ? Si elle y parvient, je ne vois pas pourquoi la technique ne se répandrait pas dans la société civile.

     

    Pour le coup, on serait dans l’amélioratif bien au-delà du thérapeutique. Ne pensez- vous pas que la société, les comités d’éthique, les chercheurs eux-mêmes sauront mettre des limites ?


    Je ne suis pas si optimiste. J’ai pu observer, dans une commission européenne d’attribution de budgets, des chercheurs, pourtant farouchement anti-tranhusmanistes, décider de s’allier avec le diable, en l’occurrence Kevin Warwick justement, qu’ils jugent pourtant “complétement illuminé” ; il s’agissait pour eux de profiter de la manne financière que ce dernier obtient pour ses expériences.

    Je ne crois pourtant pas qu’ils soient d’horribles Docteur Frankenstein ; simplement, ils sont passionnés par leurs travaux. Avec les meilleures intentions du monde, ils essaient de mettre au point une technique, ou outil, une machine qui pourrait améliorer le sort de certains humains. Sans appréhender la question dans sa globalité.

    Peu de gens se demandent ce qui se passerait pour l’humain au sens large si on additionnait les avancées thérapeutiques de chacune des spécialités. Pour caricaturer, demain, pourrait-on avoir deux cerveaux pour travailler, quatre bras pour s’occuper de ses enfants en bas âge et des jambes à ressorts pour courir après le train quand on est en retard ?


    C’est donc ainsi que les chercheurs, comme Monsieur Jourdain faisant de la prose, sont dans la mouvance transhumaniste sans le savoir ?


    Exactement. Par ailleurs, fixer des limites n’est pas si facile. Prenons l’exemple des organes artificiels : jambe, bras, cœur, œil bionique etc, ou même des organes régénérés à partir de cellules souches. À partir de combien de prothèses ne seriez-vous plus vous-mêmes ? Cela rappelle le problème philosophique du bateau de Thésée que l’on se pose depuis l’antiquité.

    En substance : je vous prête mon bon vieux bateau, vous le gardez dix étés de suite. Chaque année deux planches pourrissent alors vous les remplacez par deux neuves. Au bout de dix ans vous avez changé toutes les planches. Première question : est-ce mon bateau que vous me rendez ? Deuxième question : est-ce que je vais m’en apercevoir ? Et si je n’y vois que du feu est-ce plus rationnel que de ne pas reconnaître mon bateau si vous avez changé la figure de proue et rien d’autre ? Enfin, si vous reconstruisez un bateau avec toutes les planches pourries un peu rapetassées, à qui appartiendra ce bateau ? Vous voyez, on n’a pas fini de réfléchir à la question.

    Pour l’être humain, on peut tenir le même raisonnement. Quel est le seuil quantitatif ? Quel est le seuil qualitatif ? L’essence de l’individu est-elle réductible à son seul cerveau, comme le suppose la pensée dominante dans notre société ? Les réponses ne sont pas évidentes.

     

    L’hybridation homme-machine est donc pour demain ?


    Elle a déjà commencé ! Avec les Google glass par exemple qui ne sont pas implantables – pour l’instant – mais qui nous font évoluer dans un monde à la “réalité augmentée”. Avec tous ces dispositifs et autres interfaces homme-machine qui arrivent sur le marché pour nous permettre de vivre au moins en partie par avatars interposés. Et même de faire l’amour à distance grâce à des casques orgasmiques ou des sex-toys connectés ! Sans compter qu’à l’autre bout de la chaîne, on tend à humaniser les robots, en leur couplant des neurones humains par exemple. Les systèmes de représentations sont en train de changer. Le monde économique l’a très bien compris.


    C’est un vrai marché...


    Évidemment ! Et tout le monde y croit. Je me souviens d’un rapport de prospective économique d’une agence gouvernementale britannique publié en 2010. Que prévoyait-il ? Pour 2020, des ordinateurs contrôlés directement par le cerveau et en 2025, des ordinateurs hybrides organiques-non organiques. Cela m’a frappée de voir que le gouvernement outre-Manche intègre déjà les résultats des recherches menées par des scientifiques comme Kevin Warwick dans ses pronostics de croissance !

    Par ailleurs, qui investit aujourd’hui ? Honda, Sony, IBM et, bien sûr, Google. La firme californienne ne se contente pas de miser sur ses lunettes et les voitures sans chauffeur. Elle a engagé Ray Kurzweil, transhumaniste déclaré, fondateur de la Singularity University dont je vous ai parlé.

    Et son nouveau Graal est la lutte contre le vieillissement : elle rachète ou finance des sociétés de biotechnologies tournées vers la génétique et l’allongement de la vie, dont celle d’Anne Wojcicki, l’épouse du co-fondateur de Google Sergey Brin. C’est peut-être du vent mais du vent qui rapporte et fait du buzz dans les médias : Time magazine a titré en une le 30 septembre dernier “Google peut-il vaincre la mort ?”

    La vision transhumaniste du monde est, me semble- t-il, scientiste : elle suppose une foi quasi aveugle dans les progrès des sciences et des technologies qui nous aideront aussi bien à rester jeune qu’à résoudre nos problèmes environnementaux et économiques.

     

    Comment cette vision peut-elle se répandre, alors que notre société se montre finalement très méfiante envers ces mêmes progrès scientifico-technologiques ? Une part importante de la population est en effet prompte à dénoncer les potentiels dangers des OGM, des ondes radio-électriques, etc.


    Plusieurs systèmes de valeurs coexistent dans notre société, et heureusement : sinon, nous serions dans un système totalitariste. Ainsi notre représentation assez mécaniste du corps humain – qui veut que si un organe est “cassé”, on le répare ou on le change comme on met des bougies neuves dans une voiture – coexiste avec une représentation beaucoup plus englobante.

    Cette représentation ne sépare pas le corps et l’esprit, elle est portée par les médecines douces, la psychologie, des pratiques comme le yoga ou le taï-chi.

    De même, aujourd’hui nous désirons être toujours plus rapidement connectés aux autres et au monde et, dans ce sens, certains tenants de la cyber-culture rêvent de voir notre cerveau directement raccordé à Internet en court-circuitant le corps.

    Mais, par ailleurs, nous bichonnons, comme jamais, ce corps en le sculptant par le sport et en le tartinant de crèmes anti-rides. Un des pièges, à mon sens, est que la tentation transhumaniste constitue un alibi bien confortable parce qu’elle nous dispense de changer nos comportements. Nous pouvons continuer à vivre comme nous vivons aujourd’hui, en consommant à outrance parce que les innovations à venir vont nous permettre de le faire…

     

    C’est une utopie ?


    Individuelle peut-être. Mais pas collective : il n’y a pas derrière le transhumanisme un vrai projet de société. Ce n’est pas non plus un complot comme certains le disent. Juste un courant dans lequel on se laisse aller, sans réaliser que dans cette perspective il n’y aura rien à changer, si ce n’est nous mêmes !

    Mais, bien entendu, il y a des résistances. Citons l’implant cochléaire (un petit appareil électronique greffé dans l’oreille interne pour rétablir l’audition dans certains cas de surdité. ndlr). Dans la communauté sourde, beaucoup ne veulent même pas en entendre parler, si je puis m’exprimer ainsi. Parce que la restauration, souvent très imparfaite, de l’ouïe risquerait de se faire aux prix de la dévalorisation de la langue des signes et de la culture sourde. Autrement dit, les sourds ont d’autres critères d’appréciation que la performance auditive.

    Et je trouve cela particulièrement intéressant dans une société comme la nôtre, où règne le culte de la performance, du “plus on en fait, mieux cela est”. Et où l’on fait écouter du Mozart ou de l’anglais aux fœtus dans le ventre de leur mère dans l’espoir de les rendre plus intelligents...

     

    Notre culte de la performance est bien le nœud du problème ?


    Bien sûr. C’est un véritable engrenage. Mais je milite pour un temps mort : pour que nous prenions le temps d’y réfléchir maintenant. Quand nous serons tous des cyborgs, il sera trop tard.

     

    http://rue89.nouvelobs.com/2014/07/13/quand-serons-tous-cyborgs-sera-trop-tard-253678

     

     

     

    Voir mon article :

     

    ,

     

    DIBARRA

    NOM-Dibarra-humanite.jpg


    votre commentaire
  • , Loi antiterrorisme: où comment contenir le peuple

    Antiterrorisme :

    le double jeu du gouvernement


    Le gouvernement a décidé d’alourdir une nouvelle fois l’arsenal antiterroriste, arguant de la menace djihadiste. Mercredi 9 juillet, Bernard Cazeneuve a présenté en Conseil des ministres un projet de loi « renforçant les dispositions relatives à la lutte contre le terrorisme » qui doit être examiné par les députés de la commission des lois avant la fin juillet.


    « Le texte vise à répondre à l’évolution de la menace en intensité, car le creuset syrien alimente une menace sans commune mesure avec ce qu’on a connu, par le nombre, par la façon d’agir diffuse et par la prégnance du numérique », explique-t-on au ministère de l’intérieur. Selon la Place Beauvau, 800 Français et résidents français seraient en Syrie, en seraient revenus ou souhaiteraient y aller, dont 300 au combat. La raison avancée peut surprendre quand on connaît par ailleurs le soutien politique et l’aide militaire que le gouvernement français apporte en sous-main aux rebelles combattant le régime de Damas, véritables alliés diplomatiques de la France. La cible djihadiste semble bien n’être qu’un simple prétexte pour renforcer à nouveau les dispositifs sécuritaires en vigueur dans un contexte d’aggravation de la crise et de montée en force de la contestation sociale. En effet, si les lois antiterroristes déjà promulguées ont fait la preuve de leur inefficacité pour combattre le terrorisme, elles ont en revanche permis aux différents gouvernements de renforcer leur contrôle sur les populations en leur donnant des moyens de combattre plus efficacement les résistances à leurs politiques.

     

    1669848_509589699157536_1457981233_o

     

     

     

    Les djihadistes au service du gouvernement français

     


    La propagande du gouvernement et des médias français contre Bachar el-Assad a suscité de nombreuses vocations de djihadistes parmi les musulmans vivant en France.  En restant passif face aux candidats au départ, le gouvernement a fait d’une pierre deux coups. Tout en continuant d’armer les insurgés syriens, il a laissé nos terroristes déstabiliser encore un peu plus la Syrie pour in fine provoquer la chute de Bachar el-Assad et la liquidation du dernier État laïque au Moyen Orient, conformément aux intérêts d’Israël et de ses alliés saoudiens. Et il s’est débarrassé de fanatiques, bien encombrants en France, en les envoyant ailleurs et en espérant ne jamais les revoir. Si le gouvernement s’inquiète aujourd’hui, c’est en effet surtout du retour de ces terroristes. Pour l’instant, les services de renseignement ne sont pas encore en alerte rouge car la plupart des djihadistes français sont encore dans le sens du départ et seulement un peu moins d’une centaine sont déjà revenus. Mais la menace est déjà présente. Un projet imminent d’attentat sur la Côte d’Azur, préparé par un homme de retour du djihad en Syrie, a heureusement été déjoué fin mars par les services antiterroristes français. Mais on ne peut en dire autant de la fusillade de Bruxelles qui a fait de nombreuses victimes, montrant l’impossibilité de surveiller efficacement les terroristes. Et cette nouvelle loi ne résoudra pas ce problème, loin des ambitions affichées.


    Une des mesures du projet de loi a pour finalité d’empêcher les départs de dijihadistes de la France pour la Syrie. Le ministère de l’intérieur pourra interdire la sortie du territoire à un Français pour lequel il a « des raisons de croire qu’il projette des déplacements à l’étranger (…) dans des conditions susceptibles de le conduire à porter atteinte à la sécurité publique lors de son retour sur le territoire français ». Environ 200 personnes pourraient être concernées. Plusieurs obstacles peuvent cependant apparaître. Comment prouver, avant même le départ, que la personne sera un danger au retour ? Comment contrôler le déplacement des ressortissants français à l’intérieur de l’espace Schengen ? L’escapade est facile : il suffit de prendre un bus à la porte de Bagnolet à destination d’Istanbul, où les Européens ne sont pas astreints à visas, avant de rejoindre la frontière syro-turque et les nombreuses infrastructures mises en place par les rebelles. Et si l’apprenti-djihadiste est surveillé, il pourra toujours éviter les transports en commun en prenant la route. Rien donc qui puisse freiner les déplacements de djihadistes vers la Syrie. Et pour ce qui est du retour en France, la situation est aussi à l’avantage des djihadistes : considérant qu’il faut mobiliser quinze personnes pour suivre un suspect 24 heures sur 24, les 3000 fonctionnaires français du contre-espionnage y suffiraient à peine. Les défaillances policières dans le suivi de Merah avant les tueries de Toulouse et Montauban rappellent à quel point la surveillance des djihadistes est de toute façon délicate.

     

     

    Flicage d’Internet et surveillance accrue

     


    Le projet de loi est en revanche beaucoup plus efficace pour ce qui est de la surveillance sur Internet en permettant sans décision d’un juge le blocage administratif des sites faisant l’apologie du terrorisme ou incitant à commettre des actes terroristes.  L’apologie du terrorisme, comme l’apologie des crimes de guerre, est aujourd’hui réprimée par la loi sur la presse de 1881 qui encadre la liberté d’expression en France. Le texte prévoit de sortir de ce périmètre législatif  les délits de « provocation aux actes de terrorisme » et d’« apologie du terrorisme », pour les intégrer dans un article spécifique du code pénal, considérant qu’il ne s’agit pas « d’abus de la liberté d’expression (…) mais de faits qui sont directement à l’origine d’actes terroristes », afin de donner davantage de pouvoirs aux enquêteurs travaillant sur ces dossiers notamment pour infiltrer des réseaux et avoir recours à des écoutes et des sonorisations. Le texte prévoit aussi la possibilité d’un blocage administratif – imposé aux fournisseurs d’accès à Internet – des sites faisant l’apologie du terrorisme. Une mesure qui s’inspire des dispositions prévues pour les sites pédopornographiques et qui, à défaut d’être efficace, constituerait une entrave de plus à la liberté d’expression.  

     

    Les sanctions seraient également renforcées en particulier quand les faits sont commis sur Internet pour tenir compte de son effet démultiplicateur. Mais elles s’appliqueraient à une infraction dont les contours sont toujours aussi flous : la définition  du groupe terroriste donnée par L’Union Européenne est en effet assez large pour permettre la répression d’actions syndicales ou politiques non-violentes (grève illégale, blocage de systèmes informatiques, occupation de routes, de bâtiments publics ou privés pour manifester) : « association structurée, de plus de deux personnes, établie dans le temps et agissant de façon concertée en vue de commettre des infractions terroristes (…) visant à menacer un ou plusieurs pays, leurs institutions ou leur population avec l’intention d’intimider ces derniers et de modifier ou détruire les structures politiques, sociales et économiques de ces pays ». Reposant sur la notion d’intentionnalité (visant à), elle permet en outre une répression préventive, en l’absence de toute commission d’actes, sur la seule base de l’appartenance à un groupe contestataire.


    On retrouve cette dimension préventive dans l’article 5 du projet de loi qui crée la notion d’« entreprise individuelle terroriste ». Avec, en filigrane, la peur du « loup solitaire » capable de planifier des attentats terroristes et qui devra être arrêté avant même la commission des actes. L’article 12 du texte renforce l’arsenal anti-contestation en modifiant la loi qui réprime « l’accès frauduleux à un système de données automatisées » – en clair, les piratages et tentatives de piratage. Ces faits pourront désormais être considérés comme commis « en bande organisée », ce qui met à la disposition des enquêteurs l’ensemble des moyens de la lutte contre le crime organisé. Rappelons qu’en France, l’une des rares « attaques » informatiques qui auraient pu entrer dans le champ de cet article a eu lieu début 2012, lorsque quelques dizaines de personnes avaient participé à une action de blocage de sites Internet d’EDF pour protester contre l’utilisation d’énergie nucléaire, sous la bannière du mouvement informel Anonymous…


    Ce nouveau projet de loi s’ajoute à une montagne de textes qui ont successivement criminalisé la contestation sociale tout en rabotant les libertés publiques et la protection du citoyen contre l’intrusion de l’État. Rappelons que l’actuel gouvernement, après avoir promulgué une énième loi antiterroriste dans le sillage de l’affaire Merah pénalisant le simple séjour dans un camp d’entraînement jihadiste ou la consultation de certains sites Internet, a autorisé par le projet de loi de programmation militaire la captation des données numériques de dizaines de milliers de personnes par an, en dehors de toute action judiciaire et sans aucune autorisation auprès de la CNCIS (Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité), sous le prétexte de guerre contre "le terrorisme". Peuvent être mobilisées à cette fin, non seulement les forces de l’ordre mais également toute la «communauté du renseignement», de l’Intérieur à la Défense, en passant par Bercy, pour éplucher tout ce que conservent et traitent les opérateurs d’Internet et de téléphonie « y compris les données techniques relatives à l’identification des numéros d’abonnement , mais aussi « à la localisation des équipements terminaux utilisés », sans parler bien sûr de « la liste des numéros appelés et appelant, la durée et la date des communications », les fameuses « fadettes » (factures détaillées). Bref, les traces des appels, des SMS, des mails… Rappelons que l’adoption du projet par le Sénat s’est faite malgré une forte mobilisation des acteurs du numérique et sans consultation de la CNIL.


    La finalité de cette nouvelle loi antiterroriste comme des précédentes est de renforcer la surveillance des communications et des déplacements et de réduire les garanties du justiciable face à l’appareil d’État. La cible djihadiste n’est encore qu’un prétexte pour alourdir un arsenal législatif déjà considérable qui, loin de réduire la menace terroriste, servira à museler la contestation sociale et politique croissante face aux politiques d’austérité menées par le gouvernement.


    Retrouvez-nous sur Facebook et Twitter !

     

    http://bourgoinblog.wordpress.com/2014/07/09/antiterrorisme-le-double-jeu-du-gouvernement/



    votre commentaire
  • Ukraine - le plan diabolique des USA pour le Donbass

    Les armes prohibées, le ratissage, les camps de filtration: le plan nazi pour la conquête de la Novorossia a été préparé pour Porochenko par une agence américaine

     


    Il apparaît que des journalistes ont pris possession d’un document préparé probablement par des spécialistes du Centre de recherche stratégique RAND Corporation. Il comprend trois étapes dans les actions des forces punitives dans l'Est de l'Ukraine. Le plan prévoit la fusillade des combattants capturés et des sympathisants civils, la création de camps de filtration, la saisie des biens des habitants de la région afin de stimuler les soldats les plus dévoués au cours des opérations militaires punitives.
    L’édition en ligne « Before It’s News » a publié un document portant la marque « confidentiel ». Il est allégué qu'il est développé dans le centre américain de recherche stratégique « RAND Corporation » et qu’il y décrit le scénario selon lequel doivent agir les autorités ukrainiennes en cas d'échec du « plan de paix ».
    Le document énumère les trois étapes selon lesquelles doit se dérouler l’opération militaire dans l'Est de l'Ukraine.
    Au cours de la première phase, il faut introduire la loi martiale. Les régions insoumises à Kiev doivent être bloquées pour l'entrée et la sortie et pour la livraison de toutes marchandises. En outre, il faut suspendre la télédiffusion, couper Internet, la téléphonie mobile et fixe. Également, de 20h00 à 06h00 il faut instaurer un couvre-feu.
    Pour les représentants des médias étrangers, il faut introduire une procédure spéciale pour séjourner dans la région.
    Le document indique que dans le cadre de l’opération une grande partie de l'industrie du charbon sera détruite. Cependant, cela se définit positivement : selon l’avis des auteurs du document, la dotation de cette industrie crée un fardeau lourd pour le budget de l'Ukraine, et la fermeture des entreprises industrielles du Donbass permettra de réduire considérablement la consommation de gaz et, par conséquent, de réduire sa dépendance vis-à-vis de la Russie.
    Le document indique également que dans le cadre de l'opération « seront considérablement affaiblies les positions économiques et politiques du groupe de R. Akhmetov. »
    Les auteurs du document estiment que les difficultés économiques et sociales peuvent être justifiées à la population par les coûts de l’opération, dont il était impossible d’éviter à cause de « l'intransigeance des terroristes ».
    La deuxième phase consiste à ratisser les régions. Le cercle des troupes doit se resserrer, les frappes aériennes doivent viser les cibles stratégiques et les rassemblements des troupes. Il est souligné en particulier qu'il ne faut pas exclure l'utilisation des armes prohibées afin de réduire les pertes des effectifs.
    Notons que les troupes ukrainiennes sont soupçonnées d'avoir utilisé des bombes incendiaires interdites au phosphore blanc. Les images confirmant l'utilisation de ces projectiles ont fait le tour du Net, mais aucun commentaire ne vient de Kiev.
    L’aviation ukrainienne frappe les infrastructures, y compris les hôpitaux et les écoles. Après la reprise de la « phase active » de l'opération, les autorités de Kiev bombardent avec l'artillerie lourde les villes, le nombre de victimes parmi la population civile augmente considérablement.
    Ensuite, le document américain résume le plan détaillé comment il faut libérer les villes. Il est sous-entendu que les véhicules blindés rentrent en premiers, et on ouvre un tir d’action contre tout homme armé. Toute la population masculine doit être évacuée dans les camps de filtration, l’opposition d’une résistance implique l’exécution.
    Il est souligné que la garde des camps de filtration doit être confiée aux unités les plus stables idéologiquement.
    Les personnes ayant des signes de participation aux hostilités (listées ici, par exemple, des bleus, des blessures par balle et des éclats d'obus, des traces de poudre, etc.) doivent être renvoyées devant le tribunal pour séparatisme et terrorisme.
    Il est à rappeler que les autorités de Kiev avaient déjà parlé « des mesures de filtration ».
    « Il y aura une filtration totale. Il s’agit des mesures complètes de filtration. On vérifie que parmi les gens, même parmi les femmes, il n’y a pas de ceux qui se sont associés au séparatisme, ceux qui ont commis en Ukraine des crimes liés à des activités terroristes. Et tout cela peut arriver »- a dit à la télévision ukrainienne le 11 juin Michael Koval, qui à cette époque occupait le poste du ministre de la Défense.
    Le troisième point du plan prévoit le rétablissement de la vie « normale » dans les régions. En plus de restaurer les conditions de vie, ici, la frontière avec la Russie doit être renforcée et les points de passage doivent être aménagés. Tous les réfugiés auront la possibilité de revenir. Cependant, les hommes de 18 à 60 ans devront être contrôlés dans les camps de filtration.
    « La propriété des résidents des régions de Lougansk et de Donetsk, condamnés ou déportés, est à confisquer en faveur de l'état pour son ultérieure cession aux militants distingués de l’ATO » - dit le document.
    Il est souligné en particulier que le travail des médias étrangers dans la zone des opérations militaires doit être exclu, ainsi qu’une campagne de propagande massive glorifiant « l'héroïsme » des participants à l'opération doit être lancée.
    Il est mentionné que si l'opération militaire s’achève d'ici le 1er septembre 2014, la loi martiale ne doit pas être levée avant le 1er janvier 2015.
    La Corporation RAND (contraction des mots Research and Development - « recherche » et « développement ») a été fondée en 1948 et à l'origine était un centre de conception. Cependant, en 1950, elle s’est aiguillée vers les commandes des agences gouvernementales américaines pour mener des recherches dans le domaine de la sécurité nationale. Une attention particulière dans le travail de la société est accordée au développement de nouvelles techniques d'analyse.

    L’agence RT a réussi à se mettre en contact avec les représentants de la RAND, cependant l'agence a nié avoir un rapport quelconque avec ce document.

    Source : rusvesna.su

    Traduction : GalCha
    http://bendeko.blogspot.fr/2014/07/ukraine-le-plan-diabolique-des-usa-pour.html


    votre commentaire
  • medias-3-fonctions.jpg

     

    Les médias sont au service des banksters,

    de la Haute Finance.

    Et tant pis si un jour la France est comme la Grèce !

    Par eva R-sistons

     

    La Haute Finance tente d'imposer sa loi

    au monde entier.

    Tous les pays doivent subir une dette inique.

    Gare aux récalcitrants !

    Par exemple, Kadhafi

    qui avait fait de la Libye

    un pays de cocagne

    et possédant d'énormes réserves d'or,

    l'a payé de sa vie.

     

    Libye : Le vrai Kadhafi, un grand réformateur sauvagement assassiné

    http://chantaldupille.over-blog.com/article-libye-otan-onu-france-gb-et-leurs-crimes-contre-l-humanite-80344079.html

     

    L'endettement d'un pays,

    cela signifie le sacrifice des populations.

    Elles seront pressurées, rackettées,

    obligées de renoncer à tous leurs avantages

    sociaux (ou en matière de Droit du Travail),

    à leurs services publics (privatisés),

    et leur pouvoir d'achat sera amputé,

    comme les retraites...

    pour ne citer que ces exemples.

    Et cela ne suffira jamais !

    Les banksters ne seront jamais rassasiés !


    Pour pousser les Français

    à accepter les réformes contraires

    à leurs intérêts,

    il y a les médias aux ordres de l'Oligarchie.

    Ainsi sur "C dans l'Air",

    sur "Ca vous Regarde", sur France2,

    sur France24, etc,

    et même dans la Presse dite hypocritement de Gauche,

    comme le NouvelObs,

    tout est fait,

    tout est dit,

    tout est écrit,

    pour faire croire

    que les réformes sont nécessaires, incontournables.

     

    Réformer, moderniser,

    c'est le maître mot.

    Autrement dit,

    afin de satisfaire la voracité des banksters,

    les peuples doivent EUX SEULS accepter l'austérité,

    se serrer la ceinture.

    Au point de renoncer à tout ce qui est bon pour eux !

    A tout ce qui est juste, utile, nécesaire, VITAL, même.

     

    Quelle trahison !

    Les journalistes qui tous appellent à réformer,

    sont les idiots utiles du Système.

    Sciemment, ils servent les intérêts des banksters,

    de la Haute Finance. Des Goldman Sachs pourris !

    Si on les écoute,

    notre sort sera comparable à celui des Grecs

    qui ont tout perdu en réformant toujours plus.

    Les journalistes doivent répondre de leur actes !

     

    Les banksters ne doivent plus faire la loi,

    et c'est à nous de le faire savoir aux meRdias !

    Ne baissons pas les bras !

     

    eva R-sistons


     

    C'était comment la Grèce avant l'UE? Ce que les... par olivier-frisky

    http://www.dailymotion.com/video/x1x8vmi_c-etait-comment-la-grece-avant-l-ue-ce-que-les-medias-ne-vous-diront-jamais_webcam

     

     

     


     

    Parce-que l'heure est grave, nous ne pouvons plus nous permettre de nous chamailler pour des futilités. Nous devons mettre de côté nos différences dans le seul objectif de sauver la France d'une disparition pur et simple.
    Que vous soyez de droite, de gauche ou apolitique rejoignez la résistance et rentrez dans l'histoire.
    L'union du peuple français pour sortir de l'UE, de l'euro et de l'OTAN. UPR

     

    .

    Commentaire.


    Ce reportage me scandalise ! Encore une fois, nous sommes face à ce que la grande finance est prête à faire pour s'enrichir. En sacrifiant tout un peuple au passage. Sur fond de mensonge et d'hypocrisie de la part des élites. Ils agissent pour leur intérêt personnel et non pas collectif. Ils créent la crise et se posent ensuite en donneurs de leçons. J'adore la Grèce et ceci m'attriste vraiment.
    .

     

    http://www.dailymotion.com/video/x1x8vmi_c-etait-comment-la-grece-avant-l-ue-ce-que-les-medias-ne-vous-diront-jamais_webcam

     

    .


    votre commentaire
  • *

     

    Chantal Dupille et trois ex membres de gangs de rues,

      le héros de son roman est avec le polo blanc

     

    gangs-membres-dont-mikael-livre-eva002-1.jpg

     

     

    Toutes les infos ici :

     

    Chantal Dupille publie son premier roman (la version pdf est gratuite)

    http://chantaldupille.over-blog.com/article-chantal-dupille-publie-son-premier-roman-la-version-pdf-est-gratuite-123998839.html

     

    .

     



    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique