• TOUS LES MEDIAS SONT-ILS DE DROITE ? Du journalisme par temps d’élection

    par Mathias Reymond et Grégory Rzepski pour Acrimed - Couverture de Mat Colloghan

    Tous les médias sont-ils de droite ? Évidemment, non. Du moins si l’on s’en tient aux orientations politiques qu’ils affichent. Mais justement, qu’ils prescrivent des opinions ou se portent garants du consensus, les médias dominants non seulement se comportent en gardiens du statu quo, mais accentuent les tendances les plus négatives inscrites, plus ou moins en pointillé, dans le mécanisme même de l’élection. Ce sont ces tendances qui font l’objet du présent ouvrage : la primauté accordée aux jeux politiciens sur les enjeux politiques ; la personnalisation outrancière au détriment de la présentation de projets ; l’atrophie de l’espace médiatique au bénéfice des candidats du bipartisme ; la réduction du « politiquement pensable » et sa confiscation par les cercles de prétendus experts.

    L’analyse proposée soulève une double question politique : jusqu’à quand les forces politiques se laisseront-elles intimider par un « pouvoir » qui repose largement sur leur soumission ou leur crédulité ? Jusqu’à quand la question des la réappropriation démocratique des médias continuera-t-elle à être considérée comme une question subalterne ? L’objectif de ce livre est de parcourir un champ de bataille. Oui, un champ de bataille.

    Table des matières

    Chapitre I – Médias en quête de compétition - Où il est question du primat des jeux sur les enjeux.

    1. Les passions du microcosme - 2. Les méfaits de la sondomanie

    Chapitre II – Journalistes en quête de personnages - Où il est question du primat des personnages sur les projets

    1. Des personnages de petit écran - 2. Des personnages de papier journal - 3. Vous avez dit « peopolisation » ?

    Chapitre III. Candidats en quête de pluralisme - Où il question de l’escamotage du premier tour et de la relégation des « petits candidats »

    1. Les mauvais comptes de « l’équité » - 2. « Grands » journalistes pour « petits » candidats - 3. Mauvais clients pour excellents journalistes

    Chapitre IV - Elites en quête de débats - Où il est question des limites du « politiquement pensable »

    1. Incitations à « moderniser » la gauche - 2. Exhortations à fermer le cercle libéral

    Conclusion : « Veuillez nous excuser pour cette interruption momentanée de l’image »

    Coordonné et mis en forme par Mathias Reymond et Grégory Rzerpski, pour Acrimed, ce livre n’existerait pas sans l’activité collective de notre association et les contributions individuelles de ses membres.

    Parution : mars 2008
    Format : 105 x 165
    ISBN 978-2-84950-16-41

    Nombre de pages : 140 - Dos carré, broché - Prix TTC : 7 euros

    En vente en ligne sur le site des Editions Syllepse.

    Edité par :
    Editions Syllepse
    69 rue des Rigoles,
    75020 Paris
    http://edition@syllepse.net
    www.syllepse.net
    Tel : 33- (0) 1-44-62-08-89

     

    http://www.legrandsoir.info/TOUS-LES-MEDIAS-SONT-ILS-DE-DROITE-Du-journalisme-par-temps-d-election.html


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  • Vicent Goulet, Médias et classes populaires. Les usages ordinaires des informations.

    C’est grâce à un compte-rendu élogieux de ce livre dans le Monde des livres par Gilles Bastin, un collègue de l’IEP de Grenoble, sociologue de son état, que j’ai eu vent de l’ouvrage de Vincent Goulet, Médias et classes populaires. Les usages ordinaires des informations (Paris: INA Editions, 2010).  Les louanges étaient amplement méritées. Ce livre, issu d’une thèse de sociologie sous la direction de Patrick Champagne, constitue un délice pour le lecteur intéressé par l’état présent de la société française. Il constitue de plus par sa clarté d’exposition une source de matériaux tout à fait exploitables pour un cours de licence ou de master.  L’orientation théorique se  situe clairement dans la filiation des travaux de Pierre Bourdieu, comme l’indique le directeur de thèse que l’auteur avait choisi, mais V. Goulet se refuse à toute révérence déplacée  vis-à-vis du grand-homme-trop-tôt-disparu et n’hésite aucunement à compléter, contredire, ou renvoyer à leur statut d’œuvre datée et située,  les propos de ce dernier, tout en tirant le meilleur. (Je conseille du coup la lecture de l’ouvrage à ceux qui croiraient  d’aventure que la filiation de l’école de P. Bourdieu n’aurait plus rien à dire sur le réel, et n’évoluerait plus du tout).

     

    L’idée de départ de l’enquête est d’étudier les médias tels qu’ils sont reçus par les classes populaires, avec un protocole de recherche simple et direct : aller interroger sur leur réception des médias des individus représentatifs des classes populaires urbaines de la France contemporaine dans un contexte donné et aller observer de même in situ leurs utilisations discursives de ces mêmes médias.  Vincent Goulet s’est donc installé avec sa famille apparemment (ou, tout au moins, avec ses enfants cités dans le livre) trois ans dans un quartier d’HLM de la périphérie de Bordeaux, et il est allé à la rencontre des habitants de ce quartier tel un ethnologue pour un tribu inconnue. Cela pourrait être misérabiliste et/ou condescendant, c’est plutôt une restitution vivante des rapports, fort diversifiés, aux médias de ceux qui occupent indéniablement le bas de la hiérarchie sociale et socioprofessionnelle contemporaine dans la région bordelaise. A travers ses observations participantes, et ses entretiens, qui ne sont pas loin d’être des récits de vie (et, souvent, des récits de  vie de couple…), il débouche, non pas tant sur le rapport aux médias et à l’information, que sur une reconstitution de la vision du monde des classes populaires urbaines contemporaines. L’auteur opère ici une inversion de perspective par rapport à la notion même de réception; en effet, c’est moins une réception de messages émis  par des professionnels de l’information ou du divertissement par des profanes  qu’il décrit, qu’une utilisation (ou non) de cette information ou de ce divertissement, rendu disponible par les médias, pour produire (ou pas) du sens pour soi-même et du discours en situation pour les autres. V. Goulet cite à plusieurs reprises la célèbre phrase du philosophe Hegel sur la lecture du journal le matin, et considère que la substance de l’appréhension du monde par les classes populaires qu’il interroge et observe n’est pas fondamentalement différente de ce que ce dernier décrivait pour lui-même. On ne s’informe pas en premier lieu pour agir, pour conduire ensuite une action rationnelle (de nature politique ou autre), mais pour se situer dans le monde et pour discuter avec autrui. Le caractère phénoménologique de la méthode suivie m’a de fait paru tout à fait intéressante, éclairante, y compris sur ma propre pratique (remarque identique dans la préface de P. Champagne).

    Au delà de cette situation dans le monde, de cet être au monde, et de cette relation à un (ou plusieurs) autrui, que permettent les médias pour les individus qui les fréquentent, il montre (surtout dans la deuxième partie de l’ouvrage, Les fonctions sociales et identitaires des informations, p. 139-237) que les choix en terme de médias et  en matière d’informations  qui attirent  l’intérêt de cette population correspondent au delà des différences individuelles à quelques constantes : recherche des moyens symboliques de vivre un parcours de vie plutôt négatif au stade présent, puisque, dans ce quartier, ne sont restés que ceux qui ne peuvent aller habiter ailleurs, parcours éventuellement marqué par le déracinement, le déclassement ou l’immigration – l’auteur montre ainsi que suivre les informations de son pays d’origine permet de faire son deuil de ce dernier, et de mieux accepter sa vie en France (p. 151-165) ; moyens de se jouer de la domination sociale qu’on subit au quotidien, d’apprivoiser la mort et le hasard qui menacent, à travers les faits divers par exemple ; inquiétude pour les enfants et leurs destins que traduit l’intérêt, très  inégal selon les sexes par ailleurs, pour les malheurs et les  crimes qui les touchent (accidents, infanticides, enlèvements, pédophilie).

    Au total, l’image de cette population d’un quartier H.L.M. de la banlieue de Bordeaux, que restitue l’auteur,  est largement celle d’un néo-prolétariat, en un double sens : d’une part, il peut être qualifié de « néo- », car l’usine, la lutte des classes, le collectif de travail, la solidarité  ont complétement disparu de l’horizon des discours et des pratiques, soit par absence de travail, soit par insertion dans des travaux d’exécution du secteur tertiaire ou secondaire dans de petites structures productives d’où toute perspective d’action collective est absente, de même qu’a disparu toute sociabilité de quartier autour d’associations,  de paroisses, ou de sections de partis : l’isolement des  membres des classes populaires ici enquêtés, le repli sur la sphère familiale, éventuellement adjointe d’amis vécus (s’ils existent) sur le même registre exclusif de la petite famille, confirment les données dont on dispose par ailleurs sur la faiblesse des liens amicaux et sociaux des personnes les moins éduqués, riches, etc., mais les capacités ethnographiques de V. Goulet  redonnent à  cette nouvelle « foule solitaire »  toute son épaisseur vécue – renforcée sans doute comme il le dit par l’absence sur la longue période d’un milieu ouvrier  industriel à Bordeaux, contrairement à d’autres villes de France  ; d’autre part, il y a comme un retour au vieux sens du mot « prolétaire », ceux qui n’ont que leurs enfants pour vivre, ici on se trouve  plutôt dans la situation où la plus grande part des individus interrogés n’ont plus que leurs enfants (s’ils en ont) pour espérer quelque chose dans le monde (p. 223-237). Tous les espoirs semblent en effet  se reporter sur les enfants dans un quotidien qui ne leur offre plus aucune perspective de rédemption collective. Je dois dire qu’à ce prisme, on comprend bien mieux la sensibilité contemporaine dans les médias de masse pour tous les crimes et délits qui touchent les enfants : ceux-ci ne font que répondre, pour des raisons d’audience, à  une forte demande populaire de ce genre de récits, qui inquiètent et rassurent à la fois les parents.

    Ce repli sur la famille, ou plutôt sur les enfants (puisque cela ne veut pas dire que les structures familiales restent ici traditionnelles, vu le nombre de divorces et séparations qui sont évoqués dans l’ouvrage), s’accompagne d’une vision de l’ordre et de la justice, qu’on pourrait dire « justicialiste » et que l’auteur qualifie au choix de recours systématique au  « bon sens », ou d’usage des  « catégories morales naturelles ». L’approche de terrain retrouve ce qu’ont montré les enquêtes par sondages, au moins depuis Adorno (« personnalité autoritaire ») : les classes populaires n’hésitent guère à recourir à une version dure de la justice, qui n’est pas sans rappeler la loi du Talion ou la vision catholique traditionnelle du Jugement dernier: le coupable doit payer, pour ne pas dire expier ; en même temps, elles expriment une méfiance vis-à-vis des professionnels chargés de cette même Justice qu’elles aimeraient juste, forte et cohérente, mais, en même temps, à l’occasion, ces classes populaires possèdent une capacité à justifier leurs propres manquements aux règles instituées. Plus généralement, elles articulent finement dureté et mollesse des règles à suivre en société – ce que l’auteur nomme leur « ambivalence ».

    La fin de l’ouvrage est consacré à une réflexion sur les émetteurs de messages en direction des classes populaires, à partir de l’exemple du dispositif radiophonique des « Grandes gueules » sur RMC (p. 263-282). L’auteur, qui dispose lui-même d’une expérience professionnelle dans les médias avant d’être devenu sociologue,   montre que, de la part de cette radio privée, il existe, non pas une volonté délibérée de manipuler l’opinion publique dans le sens de la promotion d’une vision libérale et capitaliste de la société, mais de s’ajuster (à bas coût) aux attentes de l’auditoire populaire qu’on cherche à capter. Cette thèse dans la thèse revient d’ailleurs à plusieurs reprises dans l’ouvrage (par exemple lorsqu’il analyse par exemple la réaction de la presse écrite belge face à l’affaire Dutroux, p. 253-261). Elle en forme d’ailleurs la conclusion « politique » . L’auteur y appelle à l’avènement de médias (de gauche) vraiment conçus en fonction des attentes populaires (p. 330-331). Qui correspondent, m’a-t-il semblé, vu les prérequis du succès éventuel énoncées par  V. Goulet au vu de son enquête (« rompre avec tout préjugé intellectualiste », « prendre plus au sérieux les faits divers, le sport, les potins pour ce qu’ils recèlent d’une forme de conscience politique pour les articuler de façon plus souple avec les discours programmatique et le jeu politique » , « inscrire au cœur du dispositif d’énonciation l’ambivalence du populaire dans son rapport à la société ») à un Bild ou à un Sun de gauche… Formule journalistique dont il faut bien dire que la presse quotidienne  française a un peu perdu le secret.

    Enfin, l’ouvrage tire aussi les conséquences de ce qu’il observe sur la structure du jeu politique  (p. 313-326). Il montre qu’en raison de l’atomisation de la classe populaire – tout au moins dans un tel lieu – , la plupart des individus doivent passer par les médias de masse pour se situer dans l’espace politique, plus aucune organisation de masse ne peut les guider. Selon lui, cela donne lieu à un jeu subtil de la part des hommes politiques qui n’est plus une imposition claire d’un discours aux citoyens – qui, sans doute, passait aussi par la force de l’encadrement organisationnel des masses : « Alors qu’à l’époque où Bourdieu écrivait ces lignes [qui décrivaient la remise de soi en matière politique via l'acceptation des discours venus d'en haut, 1979], la domination empruntait les habits de la légitimité culturelle et de l’imposition du ‘sens’ par le haut, elle utilise désormais les apparences du discours commun, se conforme aux attentes les plus spontanées de ‘ceux d’en bas’ pour s’imposer ‘naturellement’ comme discours légitime, celui qui était au fond attendu par le plus grand nombre. ‘L’indétermination essentielle entre expérience et expression’ [que soulignait P. Bourdieu] n’est plus résolue par la violence symbolique du langage savant et assuré du dominant, mais, beaucoup plus subtilement par l’ajustement du langage du pouvoir aux attentes implicites du dominé que le dominant contribue à mettre en forme à travers tout un travail d’influence du champ médiatique ». (p. 316-317). On sera pas étonné que, pour exemplifier cette nouvelle situation, Vincent Goulet décrive un moment de la geste sarkozyste (« affaire du Petit Enis », p. 317-320). Cette thèse dans sa généralité me parait trop extrême, mais elle correspond bien aux secteurs de l’action publique où les attentes « justicialistes » de ce qu’il faudrait bien se résoudre à appeler des « masses » (au sens que donne à ce terme Hannah Arendt)  sont simples à reformuler dans des actes politiques. (Pour prendre un exemple récent, la création en urgence d’internats de relégation pour les collégiens perturbateurs… qui rappellent étrangement les maisons de correction d’antan… et qui apparemment ne fonctionnent pas très bien…)

    Au total, le livre est vraiment passionnant, et possède le mérite de renvoyer un lecteur intellectuel à ses propres limites empathiques. Le seul regret qu’on pourrait formuler est que V. Goulet n’ait pas réussi à parler avec les plus démunis des habitants du quartier : en effet, comme il le reconnait lui-même, l’enquête n’a été possible qu’avec ceux qui ont accepté de lui parler, les moins démunis en fait. Se dessine ainsi en creux un territoire social inconnu qui ne laisse pas d’interroger. Comment vivent-ils leur monde ceux qui ne veulent même pas répondre à un enquêteur aussi empathique?


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  • Jeudi 9 Décembre 2010

     

     

    Les médias traditionnels sont maintenant obsolètes 1/2
    Voici la première partie d’un excellent article écrit par Giordano Bruno à propos de la situation précaire dans laquelle se retrouvent les médias traditionnels et corporatifs depuis plusieurs années versus la montée en flèche des médias alternatifs. Le texte original est en anglais. Mais il s’agit d’une telle précise et claire analyse que cela demandait d’être traduit et rendu disponible aux lecteurs francophones, ce que j’entreprends ici avec la pleine permission et les chaleureux encouragements de l’excellent auteur, Giordano Bruno. Elle vous sera présentée en deux partie vu sa longueur pour en facilité la digestion. La situation décrite concerne la scène médiatique aux États-Unis, mais elle reflète parfaitement ce qui se déroule partout à travers la planète.
    Alors sans plus tarder…
    Traduction par François Marginean




    Les médias traditionnels sont maintenant obsolètes 1/2
    La progression de la société humaine repose sur la distribution régulière de l’information. La qualité de cette information, sa précision et son honnêteté, détermine la santé générale des cultures que nous créons. Quand une source d’information est compromise par l’ambition politique malsaine, le dogme social, ou par les mains étrangleuses de l’élitisme, c’est comme un puits empoisonné, répandant la peste et la pestilence dans tout le pays, voire dans monde. La diffusion massive de mensonges inspire le délire et la folie des masses plus vite que la fièvre typhoïde.
    Dans l’Amérique d’aujourd’hui, la personne recherchant une source pure de vérité dans les médias trébuche inévitablement sur de nombreux puits empoisonnés.
    Même s’ils ne sont pas encore activement à poursuivre des sources alternatives d’informations, beaucoup de gens sont au courant, au moins intuitivement, lorsque quelqu’un essaie de les rouler. Vous pouvez nous présenter avec assurance de délicieux steaks de surlonge sur des plateaux en argent orné, mais si nos visages sont frappés par l’odeur nauséabonde de pourriture, nous ne mordrons pas. Grâce à sa malhonnêteté et son manque flagrant de substance, les médias traditionnels ont repoussé plus de nez que n’importe quel tranche de viande putride laissé à pourrir. Les données brutes sont impitoyables en ce qui concerne l’implosion des médias…
    Les plus grands fournisseurs de presse écrite (journaux), y compris les figures de proue tels que le Washington Post et le New York Times, ont vu leur lectorat plonger au cours des dernières années. L’année dernière, l’ensemble de la diffusion quotidienne des journaux a chuté de 10.6%, suivie par une autre baisse de 8.7% jusqu’à maintenant cette année:
    http://www.wired.com/epicenter/2009/04/top-25-newspapers-lose-1-million-readers-since-last-march/
    http://finance.yahoo.com/news/US-newspaper-circulation-apf-436809869.html?x=0
    Les journaux ont perdu environ un quart de leurs employés depuis 2001, et leurs revenus devraient plonger jusqu’en 2012:

    http://www.editorandpublisher.com/Headlines/forecast-more-pain-ahead-for-publishers-through-2012-61677-.aspx
    Parler de faillite a été hantise de nombreux médias imprimés depuis 2008. L’argument commun ici est que la technologie a rendu l’impression obsolète et non pas la qualité de leur nouvelles, et que lorsque les journaux feront enfin la transition vers le Web, ils seront couronnés de succès à nouveau. Toutefois, ces journaux qui ont jeté leur poids et de l’argent derrière les nouvelles sur le Web ont jusqu’ici échoué lamentablement. L’empire de nouvelles de Rupert Murdoch, qui inclut le Wall Street Journal, Fox News, le New York Post, et Hulu, a été incapable d’attirer suffisamment de lecteurs et de recettes publicitaires à ses sites Web pour maintenir ses profits. La réponse de Murdoch a été de blâmer Google et d’autres de «lui voler son contenu, menaçant de retirer ses sites des moteurs de recherche au complet et d’ériger des «paywalls» (frais à payer pour voir les sites):
    http://news.cnet.com/8301-31001_3-10393209-261.html
    Les «paywalls» de Murdoch ont été une catastrophe financière pure et simple, sans mentionner l’embarras journalistique que cela a causé:
    http://www.techdirt.com/articles/20100903/16545310903.shtml
    De nombreux autres sites de médias ayant institué des «paywalls» ont eut des résultats similaires.
    Les sources de nouvelles télévisées ne s’en sortent pas mieux. Les programmes de nouvelles du soir de ABC et CBS perdent de plus en plus de téléspectateurs chaque trimestre:
    http://www.businessinsider.com/nbc-abc-cbs-evening-news-continue-to-lose-viewers-2010-4

    CNN a perdu environ 50% de ses téléspectateurs au total au cours de la dernière année. Larry King et Anderson Cooper en particulier sont devenus des poids morts faisant glisser le réseau dans les profondeurs suffocante:
    http://tvbythenumbers.com/2010/08/31/cnns-primetime-viewership-hits-10-year-low-in-august-as-ratings-woes-continue/61722
    MSNBC, la croûte visqueuse au fond de la fosse des médias traditionnels, se classe maintenant au 25e rang des nouvelles télévisées. Son petit auditoire est éclipsée par de nombreuses sources internet de nouvelles alternatives.
    Keith Olbermann, par exemple, a perdu environ 50% de ses téléspectateurs dans la tranche démographique des 25-54 ans au cours de la dernière année:
    http://www.businessinsider.com/quarterly-ratings-keith-olbermann-is-slipping-in-the-key-25-54-age-demographic-2010-6
    MSNBC a diminué globalement, parmi les téléspectateurs âgés de 25 à 54 ans. «Hardball» de Chris Matthews a perdu environ 46% par rapport à l’année écoulée:
    http://tvbythenumbers.com/2010/04/09/msnbc-declines-broadly-among-adults-25-54-vs-2009-q1/47859

    L’âge moyen des téléspectateurs de CNN est de 63. MSNBC est de 59. ABC est de 51, et NBC est de 49.
    Ce n’est pas une question d’un faux parti politique surpassant un autre faux parti politique. Les deux côtés du faux paradigme médiatique sont rejetés par toute personne assez jeune pour être exposée aux nouvelles alternatives provenant du web, et de nombreux lecteurs plus âgés commencent à se tourner vers l’Internet aussi. Essentiellement, les médias alternatifs sur l’Internet sont maintenant en phase de remplacer les médias traditionnels. Non seulement cela, mais au fur et à mesure que la récession se fait sentir, il est de plus en plus évident que les consommateurs devant réduire leurs coûts sont beaucoup plus disposés à débrancher leur câble qu’ils ne le sont de déconnecter de leur service Internet. Le nombre d’abonnés au câble commencent maintenant à décliner à mesure que les utilisateurs d’Internet continuent d’augmenter:
    http://www.digitaljournal.com/article/296624
    http://www.nypost.com/p/news/business/tw_cable_concern_i3sdnOb6y9p9PQy1o0V89H
    Cela ne veut pas dire pour autant que les médias traditionnels sont morts. De toute évidence, ils fonctionnent encore aujourd’hui et ils sont toujours ancrés dans l’un des piliers vieillissants de notre société, même si le modèle qu’ils suivent va finalement les conduire à la désintégration. Nous, dans les médias alternatifs, faisons encore référence à l’occasion à des sources provenant des grands médias, car ils représentent l’idéologie de l’establishment (et souvent des  mondialistes). Si cette idéologie se contredit elle-même dans ses propres lieux d’informations, ceux qui animent les médias alternatifs doivent être prêts à le souligner.
    Où est-ce que les médias traditionnels ont-ils commencé à faire fausse route? Il y a quinze ans, ils semblaient absolument imparables. Leur capacité à dominer le flux d’information a été sans pareil! Comment un tel mastodonte a-t-il pu être paralysé par un groupe de journalistes amateurs et (*soupir*) de blogueurs? Examinons les raisons pour lesquelles tant d’Américains ont dorénavant placé leur confiance en des sources de nouvelles underground plutôt qu’en les divagations d’experts corporatifs.
    La vérité est un droit, non pas un produit
    Les nouvelles sont d’abord et avant tout une fonction du progrès social, elles ne sont pas conçues pour être un produit préemballé construit de manière générique sur une ligne d’assemblage et vendu aux masses avec une marge de profit scandaleuse. La philosophie mécanique corporatiste dominante ne fait pas bon ménage avec la distribution naturelle et organique de l’information. Elle va tout simplement contre tout ce qui engendre la communication humaine. Notre capacité à partager des connaissances ne peut être empêchée sans causer une anxiété culturelle. Cette anxiété se traduit souvent par un besoin désespéré d’un point de vue alternatif, même si nous ne reconnaissons pas ce qui a inspiré notre besoin en premier lieu.
    Les médias corporatifs ont connu un grand succès dans le passé, alors qu’il tout aussi corrompus, donc pourquoi est-ce que les Américains ne se sont pas détournés d’eux il y a de cela des décennies? Ce n’est pas parce que les Américains ne le voulaient pas. Les médias traditionnels ont des bailleurs de fonds mondiaux avec des milliards de dollars de capitaux à leur disposition. Ils ont budgets publicitaires de la taille de certains petits pays ainsi que des armées de professionnels en marketing. Ces chaînes se font de la promotion elles-mêmes et réciproquement même s’ils prétendent représenter différentes idéologies, s’alimentant les unes les autres dans une frénésie de parrainage consanguine. Mais rien de cela ne signifie beaucoup à la fin. Le seul avantage que les médias traditionnels ont vraiment eux au fil des temps, c’est qu’ils n’avaient pas de concurrence! (Rappelez-vous, que lorsque vous regardez Fox News, ou CNN, vous ne recevez qu’un point de vue, celui des mondialistes) Et, comme pour toute entreprise qui n’a pas de concurrence, le public est obligé de consommer son produit sans le bénéfice d’une comparaison. L’internet offre un milieu exempt de domination des entreprises, et ainsi donc, une opportunité. Remarquez la vitesse à laquelle les Américains ont abandonné les grands médias le moment même qu’il s’est finalement présenté une autre option sur la table, une option que les journalistes et les analystes alternatifs étaient bien équipés pour offrir.
    Les méthodes «Copyleft» des médias alternatifs ont également laissé l’establishment perplexe. Les médias traditionnels ont toujours perçu les nouvelles comme étant une source de revenus, un produit, quelque chose à être surveillé et mis en cage. Observez comment Rupert Murdoch à misé hâtivement sur l’instauration de «paywalls» sur ses sites Web. Les médias alternatifs, en revanche, ont traité les nouvelles comme un droit de premier et comme une source de revenus en second lieu. L’objectif des nouvelles alternatives sur le Web n’est pas nécessairement faire de l’argent, son but est d’obtenir la vérité aussi rapidement que possible, de la partager avec le plus grand nombre de gens que possible, aussi précisément que possible, et c’est pourquoi nous dominons les médias traditionnels. Nous permettons le partage et la re-partage de nos articles, analyses et vidéos. Nous invitons nos sceptiques à vérifier nos informations, à mettre nos idées sous microscope (et ils le font toujours, pour ne trouver que rarement des fautes concrètes dans nos reportages, recourant souvent à des arguments vides attaquant le messager). Nous explorons les faits et les possibilités que les grands médias sont conçus pour éviter.
    La «méthode de partage» apparaît en contradiction avec le capitalisme de marché libre traditionnel, mais en réalité, il complimente le capitalisme parfaitement. Comme il a été dit précédemment, l’information n’est pas un produit, mais une idée peut l’être. Aujourd’hui, le public ne cherche pas des «nouvelles», il recherche une analyse intelligente et concise des nouvelles. Il recherche une présentation honnête des faits, ainsi que la capacité à montrer les liens pertinents entre ces faits. Il veut toute la vérité et non pas des bouchées préfabriquées et emballée. Le public ne veut pas de présentateurs lisant un prompteur. Si les médias traditionnels savaient le faire, ou même s’ils avaient voulu faire cela, ils pourraient facilement faire de l’argent à la manière américaine, mais ils évitent de donner aux gens ce qu’ils veulent à tout prix, malgré les bénéfices potentiels. Pourquoi est-ce ainsi?
    C’est ce que nous découvrirons la semaine prochaine, dans la deuxième partie de ce reportage…



    Jeudi 9 Décembre 2010


    http://www.centpapiers.com/les-medias-traditionnels-sont-maintenant-obsoletes-12/51210 http://www.centpapiers.com/les-medias-traditionnels-sont-maintenant-obsoletes-12/51210

     

    http://www.alterinfo.net/Les-medias-traditionnels-sont-maintenant-obsoletes-1-2_a52486.html

     

     


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  • Un livre d’Acrimed : Tous les médias sont-ils de droite ?...

    Publié le 30 mars 2008

    Il est en librairie depuis le 15 mars. Pour 7 euros.

    Il est en vente en ligne sur le site des Editions Syllepse


    TOUS LES MEDIAS SONT-ILS DE DROITE ?
    Du journalisme par temps d’élection
    par Mathias Reymond et Grégory Rzepski pour Acrimed
    Couverture de Mat Colloghan

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    Tous les médias sont-ils de droite ? Évidemment, non. Du moins si l’on s’en tient aux orientations politiques qu’ils affichent. Mais justement, qu’ils prescrivent des opinions ou se portent garants du consensus, les médias dominants non seulement se comportent en gardiens du statu quo, mais accentuent les tendances les plus négatives inscrites, plus ou moins en pointillé, dans le mécanisme même de l’élection. Ce sont ces tendances qui font l’objet du présent ouvrage : la primauté accordée aux jeux politiciens sur les enjeux politiques ; la personnalisation outrancière au détriment de la présentation de projets ; l’atrophie de l’espace médiatique au bénéfice des candidats du bipartisme ; la réduction du « politiquement pensable » et sa confiscation par les cercles de prétendus experts.

    L’analyse proposée soulève une double question politique : jusqu’à quand les forces politiques se laisseront-elles intimider par un « pouvoir » qui repose largement sur leur soumission ou leur crédulité ? Jusqu’à quand la question des la réappropriation démocratique des médias continuera-t-elle à être considérée comme une question subalterne ? L’objectif de ce livre est de parcourir un champ de bataille. Oui, un champ de bataille.

    Table des matières

    - Chapitre I – Médias en quête de compétition - Où il est question du primat des jeux sur les enjeux.
    - 1. Les passions du microcosme - 2. Les méfaits de la sondomanie

    - Chapitre II – Journalistes en quête de personnages - Où il est question du primat des personnages sur les projets
    - 1. Des personnages de petit écran - 2. Des personnages de papier journal - 3. Vous avez dit « peopolisation » ?

    - Chapitre III. Candidats en quête de pluralisme - Où il question de l’escamotage du premier tour et de la relégation des « petits candidats »
    - 1. Les mauvais comptes de « l’équité » - 2. « Grands » journalistes pour « petits » candidats - 3. Mauvais clients pour excellents journalistes

    - Chapitre IV - Elites en quête de débats - Où il est question des limites du « politiquement pensable »
    - 1. Incitations à « moderniser » la gauche - 2. Exhortations à fermer le cercle libéral

    - Conclusion : « Veuillez nous excuser pour cette interruption momentanée de l’image »


    Coordonné et mis en forme par Mathias Reymond et Grégory Rzerpski, pour Acrimed, ce livre n’existerait pas sans l’activité collective de notre association et les contributions individuelles de ses membres.

    - Parution : mars 2008 - Format : 105 x 165 - ISBN 978-2-84950-16-41
    - Nombre de pages : 140 - Dos carré, broché - Prix TTC : 7 euros

    - En vente en ligne sur le site des Editions Syllepse.

    - Edité par : Editions Syllepse 69 rue des Rigoles, 75020 Paris edition@syllepse.net / www.syllepse.net - Tel : 33- (0) 1-44-62-08-89

    - Les libraires qui diffusent les ouvrages des Editions Syllepse

    - Diffusion : Société Française d’Édition et de Distribution (SOFEDIS) 11 r Soufflot 75005 PARIS - tel : 01 53 10 25 25 - fax : 01 53 10 25 26 - info@sofedis.fr


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    Les journaux français jouent l'union sacrée pour sauver une manne de près d'un milliard d'euros qui pourrait bien être purement et simplement supprimée depuis Bruxelles.

    C’est une guerre secrète qui fait rage entre Bruxelles et la presse française depuis près de deux ans. Une guerre feutrée qui se déroule dans les salles de réunions des ministères, dans les couloirs des institutions européennes. D’un côté, la presse française qui, une fois n’est pas coutume, joue presque unanimement l’union sacrée. De l’autre, l’Europe qui souhaite harmoniser les législations et simplifier la vie des entreprises.

    Au cœur du conflit, les Annonces Judiciaires Légales et la dématérialisation des marchés publics. Des dossiers très techniques, mais dont la valeur est on ne peut plus sonnante et trébuchante. En 2003, ces annonces spécialisées représentaient quasiment 1 milliard d’euros, selon l’inspection générale de l’administration des affaires culturelles1. Une véritable manne représentant jusqu’à 15% des revenus publicitaires de la presse régionale (PQR, PQD, PHR) par exemple.

    Lobbying et course contre la montre

    Un marché de poids qui menace de disparaître purement et simplement ! Depuis que la Commission européenne veut simplifier les procédures d’information de l’activité des entreprises. En clair : Bruxelles veut que les entreprises ne soient plus obligées de passer des annonces judiciaires légales dans les journaux, mais que tout puisse être concentré sur une plateforme dématérialisée et centralisée au niveau européen. Pour la presse régionale, c’est presque un demi milliard d’euros qui risque de s’envoler du jour au lendemain. Pour les quotidiens nationaux, c’est une centaine de millions d’euros par an qui passeraient à la trappe, et autant pour les hebdos nationaux.
    Sans parler de la presse judiciaire pour qui les AJL et les marchés publics représentant 95% de leur chiffre d’affaires et qui risque de mettre tout simplement la clé sous la porte si la décision est entérinée par Bruxelles.

    Du coup, depuis deux ans, la guerre fait rage.
    Les armes des belligérants ? La logique de l’harmonisation européenne pour Bruxelles puisque la France est le seul pays à avoir conservé un tel système qui oblige les entreprises à passer des AJL dans la presse papier.
    Du côté des journaux français, un fort lobbying qui mobilise tous les politiques possibles et hantent les couloirs de la Commission européenne avec un seul objectif : gagner du temps.

    La presse hexagonale sait qu’elle ne pourra pas éviter éternellement cette harmonisation européenne, alors elle joue la montre et fait ses propositions. Les journaux français, réunis en union sacrée exceptionnelle, veulent obtenir de la Commission la possibilité de gérer eux-mêmes la dématérialisation de ces annonces. En clair : récupérer sur le web une partie de ce qu’ils perdront sur le papier et sauver les meubles.

    Infogreffe s’invite dans le jeu

    Mais les rebondissements sont nombreux dans cette guerre on ne peut plus discrète. Ainsi, le ministère de la Justice semble sur le point de jouer un mauvais coup aux journaux français en appuyant l’entrée dans la danse d’un nouvel acteur : Infogreffe. Si rien n’est encore joué, les journaux n’apprécient que très moyennement. Alors qu’ils essayent de sauver un gâteau dont ils savent qu’il sera moins appétissant, le ministère de la Justice semble vouloir aider un nouveau convive à se mettre à table…

    On le voit, la guerre des AJL est loin d’être terminée, même si les journaux français ont le chronomètre contre eux. Combien de temps parviendront-ils à bloquer les projets de Bruxelles ? Réussiront-ils à “sauver” le marché des légales pour une presse française déjà souvent mal en point ? Au moment où sont remises en cause bon nombre d’aides à la presse, la plupart des journaux se passeraient bien d’une telle perte…
    En mai dernier, à l’occasion du 37ème congrès de la PHR, j’interrogeais Bruno Hocquart de Turtot sur le sujet et le directeur du SPHR résumait ainsi les enjeux de la bataille qui se livre actuellement en coulisses :

    Billet initialement publié sur Cross Media Consulting

    Image CC Flickr Dunechaser

    1. Rapport de 2005 sur la publication des annonces judiciaires et légales par la presse écrite [pdf] []

    Auteur : Erwann Gaucher - Source : owni.fr

     

    http://www.dazibaoueb.fr/article.php?art=16917


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